Bar de luxe
Mon Arnaud,
Ce soir, je n’arrive pas à dormir. Je repense à hier, à ce bar feutré du Shangri-La, avec ses lumières tamisées couleur champagne et ses fauteuils en velours qui sentent encore le cuir neuf. Je t’écris parce que si je ne pose pas ça quelque part, je vais exploser.
J’étais arrivée la première, exprès. Petite robe noire, celle qui moule juste ce qu’il faut, fente discrète sur la cuisse gauche, assez sage pour passer le portier, assez indécente quand je m’assois. Tu es entré vingt minutes plus tard, costume anthracite taillé sur mesure, cheveux encore un peu humides de la douche d’après-entraînement, cette odeur de propre mélangée à ton parfum boisé qui me fait toujours tourner la tête. Tu as traversé la salle sans regarder personne d’autre que moi. Ton sourire en coin, celui que tu gardes pour quand tu sais déjà que je suis foutue.
On s’est installés dans le coin le plus sombre, près de la cheminée éteinte. Le serveur a apporté nos verres – un vieux Armagnac pour toi, un gin infusé à la rose pour moi – et on a commencé à parler de tout et de rien. De ton dernier trail sous la pluie, de mes deadlines qui me rendent folle, de la façon dont tes quadriceps se contractent encore quand tu marches après 50 bornes. Des conneries, quoi. Mais sous la table, c’était autre chose.
Ta main a glissé sur mon genou presque tout de suite. Légère d’abord, comme si tu demandais la permission. J’ai écarté les cuisses de deux centimètres, juste assez pour que tu comprennes. Tes doigts ont remonté lentement, en suivant la couture de mes bas, jusqu’à la lisière de la dentelle. J’ai senti mon pouls s’affoler dans mon ventre. Tu parlais tranquillement, voix grave, tu me racontais une anecdote sur un pierrier dans les Pyrénées, pendant que ton pouce traçait des cercles paresseux juste là où la peau est la plus fine, là où je deviens trempée en trois secondes.
J’ai dû me mordre l’intérieur de la joue pour ne pas gémir quand tu as écarté la dentelle et que tu as effleuré mon clitoris du bout de l’index, très doucement, comme si tu caressais une plume. Mes hanches ont bougé toutes seules vers ta main. Tu as souri sans me regarder, ce sourire de prédateur tranquille que tu as après une bonne sortie en montagne. Tu savais exactement ce que tu faisais.
« Tu mouilles déjà, Virginie », tu as murmuré sans bouger les lèvres, juste pour moi. J’ai hoché la tête, incapable de répondre. Tes doigts ont glissé plus bas, deux d’entre eux ont pénétré doucement, très lentement, pendant que ton pouce continuait son manège sur mon clito. J’ai attrapé le bord de la table, mes ongles ont laissé des marques dans le bois verni. Le serveur est passé à deux mètres, j’ai souri comme une idiote en faisant semblant d’écouter ton histoire de dénivelé positif.
Je sentais l’orgasme monter trop vite, trop fort. J’ai serré les cuisses autour de ta main pour te supplier d’arrêter, mais tu as fait l’inverse : tu as accéléré, juste un peu, juste assez. J’ai joui en silence, la bouche ouverte, les yeux dans les tiens, pendant que mon corps tremblait sous la nappe en lin blanc. Tu as retiré tes doigts, tu les as portés à tes lèvres et tu les as sucés tranquillement, comme si tu goûtais un digestif. J’étais liquéfiée.
« Toilettes. Maintenant », j’ai articulé sans un son.
On s’est levés presque en même temps. Tu m’as suivie dans le couloir, main dans le creux de mes reins, possessive. Les toilettes du Shangri-La sont ridicules de luxe : marbre blanc veiné de gris, miroir immense, une seule cabine spacieuse avec un verrou discret. On s’y est engouffrés.
À peine la porte fermée, tu m’as plaquée contre le mur, bouche sur la mienne, langue possessive. Tes mains partout. Tu as relevé ma robe d’un geste, arraché ma culotte sans ménagement – je l’ai entendue craquer, tant pis. Tes doigts sont revenus en moi pendant que ton autre main sortait ton sexe déjà dur comme du bois. Tu m’as soulevée d’un bras – putain ce que j’aime quand tu fais ça, quand je sens toute cette puissance de trailer dans tes épaules – et tu m’as empalée d’un coup, profondément.
J’ai mordu ton épaule pour étouffer mon cri. Tu as commencé à bouger, fort, vite, sans préliminaires inutiles. Chaque coup de reins me faisait cogner contre le marbre froid dans mon dos. Tes mains sous mes fesses, tes doigts qui s’enfoncent dans ma chair. Tu grognais contre mon cou des trucs crus, des « t’es à moi », « prends tout », « je vais te remplir ». J’adorais.
Je suis venue une deuxième fois, plus violemment, les jambes qui tremblent autour de ta taille. Tu m’as suivie presque tout de suite, tu t’es enfoncé jusqu’à la garde et tu as joui en moi avec un râle sourd, longtemps, comme si tu vidais des semaines d’attente.
On est restés là, haletants, collés l’un à l’autre, ton front contre le mien. Tu as murmuré « je t’aime » tout bas, comme une confidence qu’on n’ose pas dire trop fort. J’ai répondu la même chose, la voix cassée.
Et maintenant je suis dans mon lit, toute seule, les cuisses encore moites, ton goût encore sur mes lèvres, et je bande rien qu’en repensant à tes doigts sous la table.
Dis-moi quand tu reviens en ville.
J’ai encore plein de choses à te faire dans des endroits chics où on n’a pas le droit.
Ta Virginie, qui n’en peut plus d’attendre.
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